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Nous oublions parfois que, dans la plupart des cas, l’audition se détériore avec le temps et qu’une exposition constante au bruit accélère le processus de perte auditive. Le bruit à la ferme est inévitable et il n’y a que très peu de moments de paix et de tranquillité dans une journée. Mais que se passe-t-il lorsque nous sommes exposés à des périodes prolongées de bruit excessif? Et quelle est la définition d’un bruit fort ou d’une période prolongée?
Cet article traite des niveaux de bruit dans les exploitations agricoles, des précautions à prendre et des meilleures pratiques en matière de protection de l’ouïe. Nous examinerons également les responsabilités de l’employeur en ce qui concerne les employés et le bruit à la ferme. Les employeurs ont le devoir de prendre toutes les mesures raisonnablement nécessaires dans les circonstances pour protéger les travailleurs contre l’exposition à des niveaux sonores dangereux.
Comment savoir si un bruit est considéré comme dangereux? Les paramètres suivants sont utilisés :
- La puissance du son.
- La durée de l’exposition.
- La fréquence à laquelle l’exposition est répétée.
La Loi sur la santé et la sécurité au travail (LSST) exige que l’employeur veille à ce qu’aucun travailleur ne soit exposé à un niveau sonore supérieur à la limite d’exposition moyenne pondérée dans le temps de 85 dBA, mesurée sur une journée de travail de huit heures.
N’oubliez pas que vous devez également tenir compte des niveaux de bruit combinés dans une zone donnée. Il se peut que plusieurs équipements ou autres sources de bruit fonctionnent simultanément à différents endroits de votre exploitation.
Comment mesurer le bruit?
dB signifie décibel et est une unité de mesure du son. Cette unité mesure la puissance d’un son ou la force d’un signal, calculée comme le rapport signal/bruit. Les êtres humains n’entendent pas toutes les fréquences de la même manière. L’oreille humaine est moins sensible aux basses fréquences qu’aux hautes, et c’est pourquoi les niveaux sonores à basse fréquence sont plus faibles.
Pour en tenir compte, différentes pondérations ont été créées afin d’obtenir une mesure de la puissance sonore qui tient compte de la manière dont l’oreille humaine perçoit réellement les sons. Les valeurs qui ont été corrigées à l’aide d’un réseau de pondération A sont indiquées en dBA. Les valeurs non corrigées pour tenir compte de l’audition humaine sont indiquées en dB.
Vous pouvez utiliser un sonomètre pour mesurer le niveau de bruit exact. Vous pouvez également télécharger le sonomètre du National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH). Le NIOSH a développé l’application NIOSH Sound Level Meter pour aider à mesurer les niveaux sonores à l’aide d’un appareil mobile iOS. Il peut s’agir d’un bon point de départ pour déterminer les zones, les tâches ou les équipements qui produisent un niveau de bruit dangereux sur votre lieu de travail.
Même si vous n’utilisez pas d’équipement spécifique pour mesurer le niveau sonore, vous devez trouver une manière ou une autre de l’évaluer sur l’ensemble du lieu de travail. Pensez aux moments où vous devez élever la voix ou crier lorsque vous parlez à quelqu’un.
En règle générale, les sons de 85 dBA nécessitent que vous éleviez la voix pour être entendu par une personne située à un mètre de distance. Les tondeuses à gazon poussées et les outils électriques sont des exemples d’équipements qui peuvent produire des niveaux sonores de 85 à 90 dBA.
Lorsque le bruit atteint 95 dBA ou plus, il est probable qu’il soit nécessaire de crier pour vous faire entendre d’une personne située à un mètre de vous. Certains tracteurs ou équipements lourds, ou encore les scies à chaîne, produisent des niveaux sonores atteignant en moyenne 95 dBA ou plus.
Il existe d’autres signes communs auxquels vous devez être attentif et qui peuvent indiquer que vous avez été exposé à un niveau de bruit dangereux. Par exemple, vos oreilles bourdonnent ou les sons vous paraissent ternes ou plats après avoir quitté la zone bruyante. Vous devez augmenter le volume de la radio de la voiture ou de votre téléphone à la fin de votre quart de travail. Ou le volume de la radio vous semble trop élevé lorsque vous montez dans votre voiture le lendemain. Après des années d’exposition excessive au bruit, vous pouvez avoir des difficultés à comprendre les conversations lors de fêtes, au restaurant ou dans des foules où il y a beaucoup de voix et de bruits « concurrents ».
Niveaux de bruit
Selon la LSST, un niveau sonore égal ou supérieur à 85 dBa, qui représente la limite moyenne pondérée dans le temps calculée au cours d’une journée de travail de huit heures, nécessite une protection auditive. Par conséquent, il faut faire attention à toute zone de votre étable laitière, pièce d’équipement ou tâche de travail dont le niveau sonore est égal ou supérieur à ce niveau. Pour mettre les choses en perspective, voici quelques exemples de niveaux de dBA typiques dans une ferme.
- Tracteur, sans cabine : 90-100 dBA
- Tracteur, avec cabine : 80 dBA
- Vis sans fin : 93 dBA
- Chargeuse à direction à glissement, plein gaz : 85 dBA
En Ontario, nous nous référons aux lignes directrices du NIOSH et à la LSST pour déterminer quels niveaux de bruit sont considérés comme dangereux et quels moyens de contrôle sont nécessaires sur le lieu de travail.
Le NIOSH a établi une limite d’exposition recommandée (LER) de 85 décibels pondérés A (dBA) en moyenne sur une journée de travail de huit heures. Les travailleurs exposés à un niveau sonore égal ou supérieur à la LER du NIOSH risquent de développer une perte auditive significative au cours de leur vie active.
Le NIOSH a également établi des lignes directrices concernant les niveaux de bruit plus élevés. Le NIOSH recommande de ne pas dépasser les niveaux d’exposition suivant (dBA = décibels pondérés A) :
- 82 dBA – pas plus de 16 heures
- 85 dBA – pas plus de 8 heures
- 88 dBA – pas plus de 4 heures
- 91 dBA – pas plus de 2 heures
- 94 dBA – pas plus de 1 heure
- 97 dBA – pas plus de 30 minutes
- 100 dBA – pas plus de 15 minutes
La limite d’exposition au bruit autorisée diminue de moitié pour chaque augmentation de l’intensité sonore de 3 dBA.
L’utilisation de plusieurs équipements dans une même zone peut également avoir un effet sur le niveau de bruit. Par exemple, si une machine émet un niveau sonore de 90 dB et qu’une deuxième machine identique est placée à côté de la première, le niveau sonore augmente, mais le nombre de dB ne double pas. Dans ce cas, le niveau sonore combiné est de 93 dB (et non de 180 dB).
Obligations de l’employeur et bonnes pratiques
La loi stipule que « les employeurs ont le devoir de prendre toutes les mesures raisonnablement nécessaires dans les circonstances afin de protéger les travailleurs contre l’exposition à des niveaux sonores dangereux ». Comme mentionné précédemment, la première étape consiste à identifier les zones où les niveaux sonores sont élevés et à trouver des moyens de les mesurer.
Une fois que vous avez identifié les zones présentant des niveaux de bruit dangereux, vous devez déterminer le moyen de contrôle le plus approprié et efficace, et le mettre en œuvre. Il existe une hiérarchie dans la détermination du meilleur contrôle, car certains sont plus efficaces pour réduire ou éliminer le danger. Il se peut qu’il soit nécessaire d’utiliser une combinaison de moyens de contrôle pour atteindre un niveau de bruit sûr. Lorsque vous déterminez les moyens de contrôle à mettre en place, tenez compte de la hiérarchie suivante :
- Élimination : L’action la plus efficace consiste à supprimer la source du bruit.
- Substitution : Choisissez une option, comme un équipement ou des outils, plus silencieuse.
- Contrôles techniques : Ces mesures consistent à supprimer les conditions dangereuses ou à placer une barrière entre le travailleur et le danger. Par exemple, vous installer la source de bruit dans une pièce isolée ou placer une barrière entre la source de bruit et le travailleur, comme la cabine d’un tracteur.
- Contrôles administratifs : Il s’agit de pratiques de travail qui réduisent la durée, la fréquence ou le niveau d’exposition. Par exemple, la rotation des tâches ou l’aménagement d’espaces tranquilles pour les pauses.
- Équipement de protection individuelle : L’EPI est le moyen de contrôle le moins efficace, car il repose sur la sélection et l’utilisation correctes de l’EPI. Il ne permet pas de réduire le bruit dangereux dans la zone. Les EPI peuvent être utilisés si d’autres approches ne permettent pas de réduire le bruit à un niveau sûr.
Protecteur auditif
Si un protecteur auditif est utilisé, il doit être choisi et porté correctement afin de réduire le bruit à un niveau sûr, tout en permettant aux employés d’entendre ce qui se passe autour d’eux pour préserver leur sécurité. Par exemple, un employé portant un casque antibruit ne devrait pas travailler à proximité des vaches. C’est pourquoi il est important de choisir avec soin le type de protecteur auditif. De plus, il faut opter pour des protecteurs auditifs confortables, afin de favoriser le respect des exigences d’utilisation par les employés.
La loi exige également que l’employeur affiche un panneau bien visible dans les zones où une protection auditive est nécessaire. Vous pourriez en avoir besoin dans votre salle de traite lorsque les ventilateurs sont allumés, ou lorsque les barrières s’ouvrent et que les vaches entrent. Vous pourriez également en avoir besoin lorsque vous nettoyez les stalles, ajoutez de la litière, etc.
Au final, l’objectif est de protéger notre ouïe tout au long de notre carrière en agriculture et dans le secteur laitier en particulier. Les dommages auditifs sont irréversibles et définitifs. Comme on ne s’en rend pas directement compte, il est généralement trop tard lorsqu’on s’en aperçoit. Le respect des meilleures pratiques, l’utilisation de protecteurs auditifs adéquats et le contrôle des niveaux sonores sont les meilleurs moyens de se protéger et de protéger son équipe.
Cheryl DeCooman, LCHA, est la présidente de People Management Group, et peut être jointe ici ou suivie sur X et Instagram à @ udderlySAFE.