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Jenkins chad
Dairy Nutritionist / Standard Dairy Consultants

Imaginez la situation. C’est le début d’une autre belle journée à l’étable. Les vaches ruminent tranquillement dans leurs logettes, une légère brise agite l’air grâce aux ventilateurs placés à des endroits stratégiques et le grincement rythmé des cornadis indique que Bess, la doyenne du troupeau, est à la mangeoire, en train de savourer son petit déjeuner. Alors que vous vous promenez dans l’enclos, votre fidèle nutritionniste à vos côtés, l’atmosphère tranquille est régulièrement interrompue par un besoin apparemment incontrôlable de s’arrêter et d’utiliser sa botte pour étaler chaque tas de fumier frais et fumant sur le plancher de l’étable.

Vous êtes-vous déjà demandé la raison de cette fascination pour les matières fécales? C’est un peu comme « lire les feuilles de thé », mais avec des excréments au lieu de feuilles. Bien que cette exploration puisse sembler disgracieuse à première vue, le fumier peut fournir des informations essentielles sur l’efficacité de la digestion de la ration laitière. Donc, si vous n’êtes pas déjà complètement dégoûté par le sujet, lisez la suite.

Texture et uniformité du fumier

La première étape de l’évaluation du fumier consiste littéralement à faire un pas dans une bouse de vache. Faites un demi-pas dans un tas de fumier puis retirez votre pied. Si l’empreinte de votre semelle disparaît, le fumier est trop mou. Si l’empreinte correspond à une reproduction parfaitement moulée de votre semelle, le fumier est trop ferme. Entre les deux? Là, on arrive à quelque chose.

Pour aller plus loin, les nutritionnistes ont souvent recours à une évaluation du fumier (Figure 1). L’évaluation du fumier se fait sur une échelle de cinq points. Un 5 correspond à « la fermeté d’une brique » et un 1 à « les vaches repeignent les murs de l’étable ». La note idéale pour un groupe de vaches en lactation est de 3. Les tas devraient avoir une hauteur de 4 à 5 centimètres (1,5 à 2 pouces) (environ la hauteur de votre deuxième jointure) et former des anneaux concentriques avec une petite dépression au milieu. En raison des différences en matière de ration et de consommation, le fumier des vaches taries obtient normalement une note d’environ 4.

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Au sein d’un enclos, le fumier devrait être évalué pour en vérifier l’uniformité. La plupart des tas se ressemblent-ils ou y a-t-il beaucoup de variations? Des variations significatives peuvent indiquer des problèmes potentiels en amont, tels que le tri de la ration, le gavage, une repousse inadéquate des aliments, une distribution irrégulière des aliments ou un mélange inadéquat, pour n’en citer que quelques-uns. La régularité est aussi importante pour les vaches.

Il convient également d’examiner de plus près les tas de fumier individuels. C’est là où le classique étalement avec la botte entre en jeu. Il est possible que vous remarquiez un mucus brillant, ressemblant à une corde, qui se contracte après le balayage du tas avec la botte. Il s’agit de sécrétions produites par les cellules qui tapissent l’intestin (Figure 2).

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Les cellules intestinales produisent ce mucus pour se protéger des conditions défavorables, par exemple un pH bas résultant d’une fermentation excessive dans l’intestin postérieur. Une fermentation excessive dans l’intestin postérieur se produit lorsque la vitesse de passage est trop rapide (pas assez de fibres efficaces) et/ou que trop d’amidon quitte le rumen sans être digéré. En parlant d’amidon, on peut parfois observer une abondance de grains de maïs dans le fumier. Si vous remarquez des tas contenant des quantités importantes de maïs, un peu comme un biscuit aux pépites de chocolat à l’envers, ce n’est pas bon signe (Figure 3). La présence d’une trop grande quantité de maïs dans le fumier justifie une analyse plus approfondie.

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Tamis à fumier

L’étape suivante de notre évaluation des excréments est réalisée avec un tamis à fumier (Figure 4),utilisé pour analyser la digestion. Cet outil s’apparente au séparateur de particules de Penn State pour le fourrage, mais il est utilisé une fois que la RTM est passée à travers la vache.

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Le tamis à fumier permet de mesurer la digestion, avec des résultats quantifiables. Il se compose de trois tamis placés à l’intérieur d’un cylindre, chaque tamis étant perforé de trous plus petits que le précédent. Des échantillons de fumier sont prélevés dans un enclos de vaches, puis placés sur le tamis et rincés à l’aide d’un jet d’eau. Le matériel restant sur chaque tamis est essoré pour éliminer l’eau (il est recommandé de porter des gants) et est pesé. Idéalement, la majorité (plus de 50%) du matériel est collectée sur le tamis inférieur. Une accumulation de matières sur les tamis du haut et du milieu est souvent le signe d’un déséquilibre entre les hydrates de carbone fermentescibles et les protéines dans le rumen, ou d’un passage trop rapide dans le conduit digestif.

Lorsque le fumier est analysé régulièrement à l’aide du tamis, les résultats peuvent fournir des informations sur les tendances. Ces informations peuvent être corrélées avec l’efficacité des changements de ration et de la gestion de l’alimentation, qui a un impact direct sur l’efficacité de la production laitière.

En outre, le rinçage du fumier permet de voir les problèmes de digestion des ingrédients individuels, comme des graines de coton, des fèves de soya et des grains de céréales entiers. Bien qu’il soit normal d’en observer de petites quantités, la présence de quantités importantes d’ingrédients entiers dans le fumier justifie une action corrective. Les grains de maïs non digérés deviennent particulièrement apparents. Il est conseillé d’effectuer une analyse de l’amidon fécal pour quantifier les problèmes potentiels.

Amidon fécal

L’amidon étant souvent une source majeure d’énergie pour les microorganismes du rumen et, par la suite, pour la vache, les pertes dans le fumier représentent une diminution de l’efficacité de la production. Pour recueillir le fumier à des fins d’analyse, de petits échantillons doivent être prélevés sur des tas frais, puis combinés. Les laboratoires fournissent des bocaux d’échantillonnage spécialement conçus pour cette tâche odorante (Figure 5). L’étape suivante, souvent négligée, consiste à refroidir et à congeler immédiatement le fumier avant de l’envoyer au laboratoire. Si le fumier reste chaud, les bactéries peuvent continuer à dégrader l’amidon, ce qui entraîne une sous-estimation de la teneur en amidon. Enfin, observez avec un sourire malicieux votre facteur qui se demande pourquoi votre colis a cette drôle d’odeur.

L’objectif de référence pour l’amidon fécal est de moins de 3 %. Selon une règle du pouce, chaque point de pourcentage supplémentaire entraîne une diminution de la production de lait d’environ 0,7 livres (0,32 kilogrammes). Parallèlement à la valeur du lait, nous devons nous rappeler que le maïs a aussi une valeur.

S’il est facile de mesurer l’amidon fécal, le défi consiste à le réduire. Parmi les facteurs critiques à prendre en compte figurent le degré de transformation des grains (taille des particules), la teneur en humidité des grains ensilés et la fermentation. Il est à noter que ces facteurs sont affectés dès la récolte, ce qui souligne l’importance d’un suivi attentif lors de cette étape. Heureusement, il existe des mesures correctives pour les aliments existants. Par exemple, la réduction de la taille de la mouture du maïs sec améliorera la digestibilité totale de l’amidon dans le tractus – un bon objectif se situe autour de 300 microns. Aussi pénible que cela puisse paraître, il vaut souvent la peine de consacrer du temps et des efforts pour broyer à nouveau du maïs grain humide qui n’a pas fermenté afin d’améliorer la digestibilité de l’amidon.

En plus de traiter le maïs lui-même, des ajustements apportés à l’ensemble de la ration alimentaire peuvent améliorer la digestion de l’amidon. Tout d’abord, un taux élevé d’amidon fécal peut représenter un déséquilibre entre les hydrates de carbone fermentescibles et les protéines dans le rumen. Il est possible que les microorganismes du rumen n’aient pas reçu suffisamment de protéines solubles, nécessaires pour se multiplier, se développer et digérer l’amidon. C’est un peu comme ma productivité, qui est limitée le matin jusqu’à ce que j’aie pris ma première tasse de café. Deuxièmement, la source d’amidon peut être modulée pour synchroniser les taux de digestion en ajoutant des sources d’amidon rapides, telles que l’amidon de maïs, les sous-produits des céréales ou les résidus de boulangerie. Troisièmement, la vitesse de passage peut jouer un rôle dans la quantité d’amidon digéré. Les sources d’amidon doivent rester suffisamment longtemps dans le rumen pour que les microorganismes puissent les assimiler. Il est donc primordial de fournir suffisamment de fibres efficaces, souvent sous forme de fourrage.

Si vous avez déjà prononcé la phrase « Ça sent l’argent » en référence au fumier de vache, vous n’avez pas tort. Des bouses impeccables peuvent être synonymes de rentabilité. En utilisant des données sur la texture, l’uniformité et la composition du fumier, les fermes laitières peuvent prendre des décisions plus éclairées en matière de nutrition et de gestion et améliorer l’efficacité de la production.

Chad Jenkins est nutritionniste laitier chez Standard Dairy Consultants.